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La revanche du Dieu Agni 

La revanche du Dieu Agni 

4 juin 2017: Agni, Dieu du Feu, fait monter la chaleur avec une fougue vengeresse.  Hier, il faisait 44°C et maintenant, à 17.00 il fait 50°C.  Il a coupé l’alimentation en électricité pour un temps indéterminé, et ainsi il a arrêté le système d’air conditionné que je venais d’installer dans ma maison à Tajpur, mon village d’origine au Punjab. Quelques semaines plus tôt, alors qu’Agni avait l’attention détournée par les problèmes climatiques du monde, et qu’il essayait de raisonner les personnes difficiles comme M. Trump, il ne m’avait pas vu, moi, le petit hydrologue insignifiant et à la retraite, lançant sa campagne pour soulager les effets de la sécheresse dans certains pays du monde, avec l’aide d’Indra, Dieu de la Pluie.  En janvier, ma fille m’avait appelé: “Tu es hydrologue, alors fais quelque chose.  Il n’a pas plu depuis six ans, en Californie.  Les gens en souffrent.”  À peine le pied posé au sol, le dieu de la pluie se montra dans toute sa splendeur pendant trois semaines.  La soif de la Californie  était pleinement étanchée.  Mais Dieu Indra déborda d’enthousiasme et provoqua des crues, des inondations.  Il m’a obligé à interrompre mon voyage depuis Los Angeles sur cette magnifique route côtière bordant le Pacifique et il avait aussi provoqué des glissements de terrain, notamment à la hauteur des plus beaux points de vue sur l’Océan.  Il nous a forcé à rentrer dans les terres et à passer la nuit dans la célèbre ville universitaire de San Luis de Obispo.  J’ai pris l’autoroute intérieure vers Monterey, puis nous avons mis le cap vers le Sud, le long de la côte du Pacifique.  Après la contemplation des beautés de la terre et de la mer, notre journée s’est terminée dans la demeure du grand écrivain Henry Miller (Tropique du Cancer), maison qui a toujours conservé son état originel.  Les Californiens ont été contents de nous, moi et Indra. Un prétexte me mena à Colombo, au Sri Lanka, le 13 mai.  Les pluies de mousson hésitaient encore à arriver.  Mais peut-être était-ce moi qui avais tardé à apparaître.  J’ai vu une mer courroucée déferler violemment sur les berges.  Après avoir célébré le mariage de Jassi, un Sikh kenyan du Canada, et de Caroline, une Tamil sri-lankaises du Canada, tous deux médecins fraîchement diplômés, j’ai rejoint 25 autres Sikh ex-kenyans pour la plupart, pour une visite guidée de l’île, jusqu’à Anuradhapura, dans le nord.

Mariage canadien dans un lieu de séjour huppé de Colombo Le Dieu de la Pluie, Indra, me rattrapa.  Les pluies annonciatrices de la mousson s’étaient abattues sur la région de Colombo avec un peu d’avance et une violence considérable.  Deux jours plus tard il causait des crues et des morts.  Comme vous en ce moment, je commençais à me suspecter moi-même d’être la cause de tout ce bien et tout ce mal. Mon atterrissage à Bengaluru (Bengalore) m’a donné des frayeurs.  Une puissante rafale a fait tanguer l’avion, puis un grand bond, avant de se redresser en douceur.  Etait-ce un signe précurseur?  À peine sortis de l’aéroport dans la voiture de mon cousin qui nous emmenait chez lui à 45 km de là, il s’est mis à tomber des cordes.  Le trafic a dû s’arrêter.  Il nous a fallu plus de deux heures pour arriver à destination.  Des arbres ont été déracinés, les lignes électriques coupées, les routes bloquées et de  nombreux dégâts aux maisons.  Les météorologistes le savent bien: dans les régions tropicales, on peut s’attendre à tout. J’ai beaucoup apprécié le climat salubre de Bengaluru, notamment lors d’une excursion vers la station de montagne de Medikeri, dans la région tribale de Coorg.  Pendant ce temps, Dieu Agni se préparait fébrilement à défaire tous les ouvrages de ce petit hydrologue.  Il l’attendait pour lui infliger une torture tout spéciale.  Dès que l’avion avait commencé son approche de Chandigarth, je savais que les 37 degrés C m’attendaient.  J’étais heureux de voir des nuages blancs s’écouler le long de la carlingue.  Je me sentais en quelque sorte rassuré : Indra, Dieu de la Pluie, était à mes côtés.  J’ai raconté mon récit météorologique à la personne qui m’accueillait.  “Nous ne prévoyons pas encore de pluie. La mousson est encore loin” me dit-il.  Miracle!  Le lendemain matin nous recevions une pluie très rafraîchissante et la température tomba à un niveau tolérable.  Je pensais que j’avais toujours ma chance d’hydrologue et qu’Indra me soutenait.  Comment pouvais-je savoir que l’averse de pluie était là uniquement pour me jouer un vilain tour?

Apprendre sous 50°C dans le village de Tajpur, Punjab

Dans le village, il fait toujours et encore 50°C.  Quelle chance que mon air conditionné marche à fond pour garder la chambre moins chaude.  Je n’ose pas sortir, de peur que Dieu Agni en personne ne m’attrape par le cou et me fasse fondre en moins qu’une loque.  Et puis j’ai remarqué que la chaleur – pareille à celle d’un four – ne semblait pas déranger ces étudiants de terminale en train de suivre un cours privé, trouvant du confort avec un simple ventilateur de plafond. J’ai survécu.

Naginder Sehmi (Traduction Ilse Bourgain)

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